Justice éphémère – Last Call – 14/08/17


Cette soirée-là, nous étions assis dans un bar et j’avais décidé de me saouler comme jamais je ne l’avais fait auparavant. J’ai désiré oublier ton nom, j’ai voulu effacer ton visage même si tu étais assis juste en face de moi. Je me souvenais de notre premier rendez-vous, je m’étais perdue dans le brun de tes yeux à la seconde où je t’avais aperçu. Ayant l’impression de te connaître depuis toujours, j’avais eu le sentiment que mon esprit avait retrouvé sa pièce de casse-tête manquante. Mon corps te désirait comme s’il savait qu’il avait besoin de toi. J’avais envie de te goûter. J’avais envie de me libérer des chaînes que je m’étais moi-même imposées mais après réflexion, j’ai décidé de te fuir par crainte de ces sentiments qui prenaient de plus en plus d’ampleur dans mon cœur.

Plus la soirée passait, plus je buvais. Un peu craintif, tu te moquais tout de même de ma folie. Je commençais à être lourde et toi, tu t’embrouillais devant mes yeux. J’avais réussi. Je voulais oublier cette journée-là, celle où un désir incroyable était né en moi.

Après le last call, je quittais le bar afin de retrouver le confort de mon lit, ma solitude et mes propres caresses. Je voulais m’enfuir loin de cette envie qui me déchirait. Mon être était telles des pierres dans un chariot, une épave ambulante. Des images brouillées de la rue se dressaient devant moi tandis que je cherchais un taxi. Essayant de suivre mes pieds qui tentaient d’aller droit, j’ai entendu des pas rapides sur le goudron derrière moi. Assez pour créer une légère peur en moi. C’était toi qui revenais, inquiet de me laisser partir seule dans cet état. Tu m’as rattrapée, a attrapé mon bras afin de me tourner vers toi. Tes mains ont glissé le long de mon dos jusqu’au bas de mes fesses et tu as avancé ton visage près du mien pour m’embrasser. Mon être maladroit t’a suivi jusque dans le taxi qui venait de s’arrêter au coin de la rue.

Nous sommes arrivés chez toi une vingtaine de minutes plus tard. J’avais retrouvé un peu de mes sens et mon équilibre avant d’entrer dans ton petit appartement, moderne et joli. Nous nous sommes dirigés vers ta chambre; je l’ai parcourue d’un regard un peu flou mais plus clair que les minutes précédentes. Nous nous sommes dévorés des yeux quelques secondes et ce fut assez. Nos vêtements ornaient déjà ton plancher en bois franc. Ton corps se glissait dans le mien, nous n’étions qu’un. Le feu, partout, dans mon ventre, dans ma chair. Je voulais te mordre, je voulais t’embrasser, je voulais que tes mains touchent ma peau sur chaque centimètre de mon être. Nos corps enflammés s’embrasaient comme le soleil de juillet sur la campagne. La nuit a passé rapidement, les premiers chants des oiseaux se sont fait entendre. Nous nous sommes écroulés chacun de notre côté, essoufflés par ce déluge que nos dépouilles avaient créé sur tes draps. La sueur collait à nos peaux pendant que la lueur du jour reprenait vie.

Couché face à face dans ton lit, ton regard plongeait dans le mien et c’est à cet instant que tu m’as avoué ton amour. Ma tête s’est mise à tourner, j’ai voulu te répondre mais j’avais une énorme boule dans la gorge, le ventre me brûlait, trop de mots se bousculaient en moi au même moment. J’ai couru jusqu’à la salle de bain et j’ai vomis l’amour que je n’étais pas capable de prononcer.

Cette soirée-là, j’ai su que j’étais tombée amoureuse.

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6 commentaires sur “Justice éphémère – Last Call – 14/08/17

  • Julien

    C’est pas toujours facile de vivre son amour! Quelqu’un a écrit que nous sommes à ce point habitués à l’obscurité que nous ne la voyons plus. Un peu de lumière, et ça nous frappe au point où on en a peur.

  • Ressliki

    Que ce blog est particulier. Faut dire que tu sembles être quelque de spécial de nature alors… Tu as vraiment un style unique, garde cela, tu as une belle plume.

  • David Prémont

    Shit. Deep as fuck ! Est-ce une expérience vrai ou sortie de l’imaginaire cérébrale ? Peut importe, ceci reflète quelques histoires qui peuvent se passer dans un bar. Il n’y a pas toujours des bagarres, des viols et etc. Il peut s’y passer des moments merveilleux comme dans ce texte. Bravo Myranda. Je te lève mon chapeau.

  • Nicolas Sylvestre

    C’est fascinant parce que lorsque je te lis, je vois des repères de la vie d’aujourd’hui avec les vocabulaires et les activités que les personnes font de nos jours, mais c’est comme si ton monde ne faisait pas parti de celui-là, en fait, c’est comme si c’était plus beau, plus magique, plus goûteux, un monde fantastique qui chatouille le notre. Avec mes expériences manqués et mon coeur de petit garçon en manque d’amour, je te lis et le rêve de vivre une histoire similaire à réussi à refaire surface. Merci beaucoup pour ce moment. Ça m’a fait du bien!