–Espace d’Imagination – Le Voyage de la Fée épisode 2 – 08/04/18


Le Voyage de la Fée – II – Le Royaume du Lac

 Reslo, avait abattu l’Arbre de la Vie : la peur et le doute semaient de nouveau dans le cœur des Fées. Au Bedagávi, le Royaume du Lac, beaucoup en vinrent à songer qu’il valait mieux retirer le Coffre du Carrefour, et le mettre en sûreté, peut-être dans une place-forte que l’on érigerait au cœur de la Cité, voire au sein même du Lac.

« Certes, le mettre en sûreté, du moins le temps que le Gardien ne mette fin aux menaces qui s’imposent en Agor. »

C’était le discours de Vangral et de Faravol, fils d’Omilorim, les frères cadets de Véagavel fille d’Omilorim. Parmi les fées, il y en avait pour adhérer à leur pensée. Mais Véagavel leur répétait :

« Ce sont précisément de tels actes, conduits par la peur, qui serviraient en fin de compte les desseins d’Erebrel. »

Erebrel, l’Ennemie du Coffre : c’est ainsi que les fées du Lac nommaient l’Ombre depuis la Quête des Gardiens.

Puisque Véagavel était Mère du Royaume du Lac et Gardienne de l’Amulette, ses frères ne pouvaient aller à l’encontre de ses décisions : de toute manière, plus nombreuses étaient les fées du Lac qui se rangeaient sous sa sagesse. Et malgré le dernier malheur qui avait frappé la Vallée, aucun des royaumes féériques ne fut plus sujet au moindre désastre pendant de longues, longues lunes.

Ainsi le Lac accueillit encore et encore le visage de la Lune sur sa face : puissant miroir qui reflétait la blanche lumière du prisme sur Eriel Reva, la Cité des Fées. À l’ore, l’éclat de la Lune et de sa jumelle en contrebas s’unissaient puissamment dans la cuve, si bien que le cercle de collines, pour un voyageur qui l’observait depuis la plaine extérieure, paraissait empli d’embrun immaculé, niché dans l’enceinte. Les rives et les berges du Bedagávi, les maisons et les grands arbres, et les collines même, devenaient comme un seul et vaste joyaux blanc.

La Merveille brillait, magnifique, sur son piédestal : sous le ciel parfaitement étoilé, sa lumière était de nacre, et sous la Lune, d’une blancheur puissante. Les fées étaient nombreuses à se présenter au Bedagávi pour poser leurs yeux sur le Coffre. Et une ore vint Nadabiol, fils de Vadinia, la Fée des Champs. Les fées des champs avaient développer l’art de fabriquer des vêtements d’une grande beauté et d’une solidité sans égale. Nadabiol portait un long manteau pourpre égayé de fleurs rouges et violettes. Véagavel l’invita à séjourner en sa demeure, car c’était un grand honneur que de recevoir le fils des Champs. Très vite, les deux fées s’avisèrent de l’harmonie qui les enveloppait chaque fois qu’elles s’entretenaient où qu’elles marchaient en silence dans les allées d’Eriel Reva. Véagavel s’enquérait de la vie dans les Champs, et Nadabiol la lui décrivait d’une voix vive et souriante : dans le cœur de Véagavel naquit le désir de quitter une ore l’enceinte des Collines pour visiter la beauté de cet autre royaume.

Nadabiol demeura au Bedagávi plus longtemps qu’il ne l’avait prévu. Leur amour l’un pour l’autre n’était désormais plus chose à découvrir. Nadabiol ne quitta le royaume que pour aller annoncer aux siennes sa décision de s’installer définitivement avec Véagavel. Et quoique les fées ne perçoivent pas le temps à la façon des Humains et qu’elles soient en général d’une patience qui déconcerte ces derniers, l’aller et le retour de Nadabiol parut à Véagavel prendre des lunes et des lunes.

Dès son retour des Champs, on fit les préparatifs pour la célébration de leur union. À la Lune Haute, on donna une grande fête. Tous les habitants du royaume y participèrent. Les rires et les chants comblèrent l’enceinte des Collines. Véagavel et Nadabiol, main dans la main, dansèrent sur les eaux du Lac, toutes ailes déployées. Leurs pas légers engendraient des cercles qui s’étendaient sur l’eau calme, comme les gouttes éparses d’une douce pluie.

Ensemble, Véagavel et Nadabiol élevèrent leurs voix, pour engendrer deux enfants dont la beauté reflétait avec justesse l’harmonie de cette époque. La clarté de leurs rires évoquait la fraîcheur des rigoles qui descendaient des collines pour nourrir le Lac. Ils jouaient à travers les chemins de la cité, entourés souvent des autres enfants du Lac. Ils couraient de leur pas toujours allègres, et les habitants, traversés à leur passage d’un bonheur soudain, s’esclaffaient et chantaient :

Ána véal our nale !

Ána nale aveñalan !

 

Oh ! qu’ils sont beaux les enfants !

Oh ! Beaux comme les petits oiseaux !

L’ère de joie et de lumière qu’avait promise le retour du Coffre, si elle avait un temps été éclipsée par le malheur de la Vallée, revint de sa pleine vigueur au Royaume du Lac ; et cela pendant des centaines de lunes. De longues célébrations tenaient lieu sur les rives blanches. Eriel Reva, la Verte Cité du Lac, était parcourue de gens aux robes multicolores ; des grands-places s’élevaient l’allégresse des flûtes et des pipos, et le doux son de la harpe. Les collines étaient comme enneigées des troupeaux que gardaient les bergères. Un vent chaud et joyeux glissait des hauteurs pour venir fredonner entre les arbres au creux de la Cuve.

Il en fut deux, cependant, pour ne point goûter à la joie de cette époque. Vangral et Faravol n’oubliaient pas la menace d’Erebrel, ni l’assaut de Reslo. Ils se faisaient un honneur que de conserver leur vigilance : les seuls esprits qui semblassent assumer une telle responsabilité pourtant si nécessaire. Ils regardaient d’un œil mauvais l’union de leur sœur et de Nadabiol : la Mère du Lac était hissée on ne peut plus haut dans l’estime du peuple. Et tant que Véagavel régnerait sur le royaume, le Coffre demeurerait en danger, trop exposé qu’il était sur son piédestal.

« Erebrel frappera tôt ou tard, songeaient-ils. Ou bien ce sera Reslo. »

Mais ils n’osaient plus partager leur parole aux autres : les oreilles du peuple, trop encombrées par la musique et les rires, n’avaient plus de place pour les graves vérités. Aussi Vangral et Faravol patientèrent-ils, encore, attendant une ore où le monde extérieur leur donnerait occasion de faire résonner leur volonté.

 

Image originale de Amélie-Maude Bergeron

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7 commentaires sur “–Espace d’Imagination – Le Voyage de la Fée épisode 2 – 08/04/18

  • Ressliki

    C’est si bien décrit que j’arrive à voir le tout dans ma tête. Et que dire de la musique! À mon goût à moi, c’est ce que tu as composé de plus beau, du moins jusqu’à maintenant.

  • Samuel Bricault

    Avec l’image, la musique, les descriptions, j’ai l’impression que ton univers prend vie pas seulement sur le site, mais dans ma tête et dans le monde. Je suis honoré de t’avoir parmi nous, Julien, sincèrement, c’est un honneur.

  • Sylvie

    Belle poésie pour un espace de douceur et appréhension du tumulte à venir. Peut-être faut-il aussi les deux dans notre propre monde pour en conserver la beauté; la capacité de vraiment apprécier la beauté qui nous entoure et l’enrichir par nos regards, tel un échange de dons et la vigilance face aux agresseurs qui par leur avidité s’approprient pour leur seul bénéfice les richesses de celui-ci, l’appauvrisse ainsi que leurs pairs, jusqu’à la destruction.

    Mais pour l’instant, profitons de ce beau texte et de cette magnifique musique, de la beauté du monde et remercions-en les auteurs.

  • Sylvie

    Je ne sais pas ce qui se passe avec la diffusion sonore mais à la première boucle, il y a beaucoup de hachures et coupures qui peuvent durer quelques secondes (et je ne fais pas référence au silence entre les mouvements). À la deuxième boucle qui a commencé lorsque j’écrivais le texte, le problème était résolu. Je l’ai même laissé rouler une troisième fois et le son était parfait. Mystère!
    Une collègue m’avait mentionné un problème similaire associé au premier épisode. Peut-être vérifier si d’autres font face à cette situation et s’il y a moyen d’avoir un son intact dès le départ. Merci!

  • Étienne

    La musique est géniale! Est ce toi qui l’a composé?

    Ta plume est ton style littéraire est toujours aussi sharp, continue Sur cette belle lancé!

    • Julien

      Merci beaucoup Étienne! Oui, c’est moi qui ai composé la musique, avec un ami, Jean-François Racine. Toutes les musiques seront des musiques originales 🙂

  • Daniel Godon

    Mary Poppins peut aller se rhabiller Jul! Tu pourrais nous amener dans tellement de monde avec ta façon unique de les décrire! J’adore quand Tsuky (la lune) joue de sa lumière sur tes personnages et leur territoire! Je sens que ça va brasser bientôt! Bonne inspiration! Seule tristesse, je n’entends toujours pas le son de ta musique, même après essais sur 2 portables…?