–Espace d’Imagination – Le Voyage de la Fée épisode 18 – 29/07/18


Le Voyage de la Fée – XVIII – Le Retour de Véagavel

Véagavel avait passé les Collines du Royaume du Lac. Elle avait séjourné chez Ambelel, la bergère, tandis que Daorole, son plus jeune frère, répandait la rumeur de son imminent retour au Bedagávi. Puis elle avait gagné Eriel Reva, la Cité Verte. Elle avait été conduite devant Vangral et Faravol, mais les traits de son visage étant troublés par le pouvoir d’Omédia, ses frères ne la reconnurent pas. Et soudain Souno fit jouer son propre pouvoir : un grand hurlement retentit dans le sud, et un vent plus féroce qu’une énorme tempête brisa les portes de la demeure. Vangral et Faravol, croyant qu’il s’agissait là de l’attaque de Véagavel, aidée peut-être par les pouvoirs d’Arítounel et de Vadínia, en appelèrent aux armes. Avec leurs forces, ils s’éloignèrent vers le sud du royaume. Pendant ce temps, Véagavel fut emmenée vers les cachots que ses frères avaient emménagés au fond dans sa propre demeure.

Elle ne savait pas si elle se trouvait au plus profond des étages inférieurs, mais elle se devinait loin sous la terre. Les gardes la poussèrent dans un couloir étroit qu’une seule pierre phosphorescente éclairait tout au fond. Un geôlier, d’allure triste et sinistre, émergea des ombres. D’une main, il tenait de grosses clefs cliquetant dans le noir ; de l’autre il prit Véagavel par le bras. Là-dessus, les gardes s’en retournèrent à leur poste aux étages supérieurs. Véagavel constata, de part et d’autres, des grilles de métal froid, et derrière elles des pièces, petites et presque totalement plongées dans les ténèbres. Des fées gisaient là, prisonnières, condamnées par la justice de Vangral et de Faravol pour des actes qu’elles n’avaient sans doute pas commis, ou qui n’autorisaient certainement pas une peine de la sorte.

Véagavel ne put retenir le courroux que cette vision éleva en elle. Elle poussa un grand cri de colère, et ce cri dégagea le brouillard qu’Omédia avait posé sur son visage : ses traits revinrent, clairs même dans les ténèbres, et elle était habitée d’une ire telle que le geôlier, la regardant et la reconnaissant, crut que le fantôme même de la Mère du Bedagávi était apparu des ombres pour lui jeter un sort.

Il échappa ses clefs, retira sa poigne du bras de Véagavel et s’en fut à toute allure vers les escaliers. Véagavel saisit les clefs et, sans perdre de temps, elle délivra les prisonnières une à une. Celles-ci poussèrent de grandes exclamations à la vue de leur Mère, ne comprenant rien de ce qui se produisait : mais Véagavel les calma et les pria de la suivre. Elles parvinrent aux escaliers, et s’apprêtaient à en gravir les marches, quand Véagavel remarqua un passage qui menait encore plus profondément sous la demeure. Une lueur, faible, mais belle, luisait contre les parois des murs. Véagavel la reconnut, et son cœur fut empli de paix : car même les ténèbres ne pouvait en amoindrir la pureté.

Elle se tourna vers ses consœurs :

« Allez ! Grimpez vers la Lune et la Lumière ! Rejoignez celles qui se sont rassemblées pour enfin jeter Vangral et Faravol hors de ce royaume ! Je réapparaîtrai au moment voulu. »

Les fées obéirent et, tandis qu’elles remontaient à la surface de la terre, Véagavel s’en fut vers les ultimes profondeurs de la demeure.

Pendant ce temps, Daorole rassembla le peuple d’Eriel Reva au Carrefour : toutes les fées qui ne faisaient pas partie des forces de Vangral et de Faravol. Il les avait prévenues, depuis quelque temps déjà, que le moment viendrait où ses frères quitteraient la Cité, conduits par l’appel de la guerre.

« Et, avait-il répété au peuple, ils marcheront à la rencontre d’une armée qui ne se présentera guère. Les forces de Véagavel vont gagner Eriel Reva par un autre chemin, quand mes frères auront abandonné la Cité. Par le pouvoir des Grands Esprits, elles marchent sous le couvert d’un voile et passeront ainsi inaperçues. »

Les quelques gardes qui étaient demeurés pour surveiller la Demeure furent maîtrisés sans problème. Daorole confisqua leurs armes, mais à la demande de sa sœur, il refusa de les prendre pour lui ou d’en munir le peuple. Le piédestal fut enfin remis en place au centre du Carrefour.

Les fées étaient partagées entre la peur et l’espoir. Le hurlement, et le vent qui avait passé au-dessus de la Cité pour s’engouffrer dans la demeure des frères, avaient certes provoqué chez elles un grand émoi. C’était les Grands Esprits qui venaient à leurs secours, leur assurait Daorole. Et cela les conforta : s’il en était ainsi, peut-être y avait-il une chance pour mettre un terme à la domination des frères. Mais les fées avaient du mal à maîtriser la peur que leur suscitaient les lames de Vangral et de Faravol. Certaines d’entre elles, qui avaient défendu Véagavel quand on avait pris sa demeure d’assaut, portaient des cicatrices que leur art ne parvenait pas à faire disparaître. Daorole jouait de sa plus habile parole pour consolider leur foi en la Mère du Bedagávi. Et voilà qu’elles attendaient sur le Carrefour, jetant des regards inquiets sur la Route du Sud. Les Seigneurs du Bedagávi reviendraient tôt ou tard et, s’ils triomphaient en fin de compte de cette révolte, ils ne manqueraient pas cette occasion de leur infliger leur terrible courroux.

Quant à Vangral et Faravol, ils avaient depuis peu franchi la limite sud d’Eriel Reva. Ils cheminaient sur la Route du Sud, longeant le Fleuve Brillant qui entamait sa course depuis le Lac de la Lune. Les Collines approchaient. Ils avaient averti leur armée que les ennemis pourraient tomber sur eux de tous côtés, mais qu’ils devaient garder confiance en la supériorité que leur conférait leurs armes et leurs armures. Ils avaient assuré à leurs troupes qu’elles faisaient face à une attaque d’Erebrel, la Puissance de l’Ombre.

« Elle tentera de vous confondre, dirent-ils, notamment ­-cela est possible- en vous imposant des visions. Elle applique couramment ce stratagème sur les Géants et les Lours. Ne doutez pas qu’il s’agit des créatures de l’Ombre, quelle que soit l’allure que celles-ci pourront prendre ! »

Ils étaient confiants que leurs serviteurs ne remettraient guère leur parole en question : qu’ils prendraient Véagavel et ses alliés pour des ennemis à l’apparence trompeuse, et qu’ils combattraient avec suffisamment de conviction pour les repousser.

Mais il vint bien un temps où les frères constatèrent leur erreur ; aucune armée ne vint à leur rencontre : seulement leurs éclaireurs qui, postés sur l’enceinte des Collines, avait vu leurs maîtres approcher avec leur armée et étaient descendus pour leur annoncer qu’ils n’avaient jamais rien vu se présenter à l’horizon. Les frères, sans comprendre à quoi menait toute cette supercherie élaborée par l’espionne de Véagavel, n’en était pas moins empreints d’une grande colère, et d’une honte qu’ils dissimulaient derrière un regard hautain et confiant. Mais en leur cœur, ils maudissaient le hurlement qui les avait incités à une manœuvre à ce point inconsidérée, sans même savoir d’où ce cri tirait son origine. Ils rebroussèrent chemin, prévoyant déjà imposer de grandes souffrances à l’espionne pour en soutirer des explications satisfaisantes.

Daorole et le peuple attendait toujours au Carrefour. Après le torrent de questions et de commentaires effrayés que les fées avaient adressés à Daorole, un silence pesant s’était établi. Mais soudain, des fées surgirent de la demeure et dévalèrent les escaliers.

« Les prisonnières de Vangral et de Faravol ! remarqua le peuple. »

Beaucoup s’exclamèrent de joie, autant que de chagrin en constatant le pitoyable état dans lequel on les avait plongées ; les fées s’avancèrent pour les étreindre. Mais les prisonnières criaient éperdument que Véagavel était apparue dans les profondeurs de la demeure, comme surgie de sous terre, et qu’elle ne tarderait pas à se manifester à toutes. La confiance de Daorole, elle-même ébranlée par la tension des évènements, reprit vigueur.

« Ne vous l’avais-je pas dit ? s’exclama-t-il à la foule. Véagavel est de retour ! Reprenez courage ! »

Il parlait ainsi, quand sur la Route du Sud apparurent ses frères et leur armée. En voyant tout le peuple massé autour du piédestal, ils interrompirent leur marche. Derrière le Carrefour et la gente d’Eriel Reva était la maison de Véagavel, son entrée béante au sommet de l’escalier. Vangral eut l’inexplicable mais amer sentiment que, d’une façon ou d’une autre, il ne pourrait plus atteindre les marches qui menaient au hall, à son siège et à son pouvoir. Pourtant il ne trouvait devant lui qu’un peuple sans défense. Il chassa ce sentiment de son cœur.

Il y eut un silence. Puis Vangral émit un rire sombre :

« Tu es bien fou, Daorole, de croire que tu peux vaincre notre armée. Des épouses, des enfants, des aînées, et les couards, ceux qui n’ont pas voulu se joindre à nos rangs : voilà de quoi est constitué ta force. »

« Des épouses, des enfants, des aînées, et celles qui ont gardé leur allégeance à la lumière et à l’harmonie : oui, toutes, elles se sont rassemblées ici pour mettre fin à votre règne insensé, répondit Daorole. »

Sa voix s’était faite aussi brave que possible, mais elle ne rivalisait en rien avec l’autorité de Vangral. Celui-ci le constatait bien : il ricana derechef :

« Pauvre fou, fit-il encore. Vous n’avez pas même d’armes pour vous défendre ! Rentrez chez vous immédiatement, ou souffrez les conséquences de votre pitoyable révolte. »

Vangral avançait déjà, et ses serviteurs le suivaient. Les épées luisaient sous la Lune Haute. Un murmure de peur agita le peuple. Daorole ne savait plus que faire : il avait suivi toutes les indications de Véagavel, mais il n’y avait plus le temps. Pourquoi Véagavel ne se montrait-elle pas à son peuple ? Ses forces viendraient-elles trop tard, pour ne trouver qu’un Carrefour ensanglanté et un peuple à demi emprisonné ?

« Non ! » s’écria une voix du haut des airs.

Et toutes levèrent le regard vers le ciel. Elles contemplèrent une formidable figure, dont les ailes déployées battaient contre l’air vif. L’éclat de la Lune Haute l’auréolait d’un puissant éclat blanc. À sa poitrine brillait comme un cœur de lumière, et elle tenait, au bout de ses bras tendus vers le ciel, un objet semblable à une étoile tombée de la voûte.

Le peuple d’Eriel Reva produisit un grand souffle de surprise. Contre toute attente, semblait-il encore, Véagavel était revenue à son peuple. En ses mains elle tenait le Coffre, et à sa poitrine était l’Amulette révélée. Elle descendit, gracieuse, vers la foule et le Carrefour. Nul n’osa faire le moindre geste. Elle se posa sur le piédestale et y déposa le Coffre. La Merveille des Fées répondait plus puissamment que jamais à l’éclat de la Lune Haute et de sa parfaite réflexion à la surface du Lac.

Il y eut de nouveau un silence. Enfin, Véagavel parla, et sa voix résonna fort sur la Cité, comme portée par le vent :

« Au peuple d’Eriel Reva, celles qui me sont restées fidèles en leur cœur, je dis : ne craignez plus ! Vous attendez qu’une force ne vous libère de la folie de mes frères. Eh bien, la voilà ! Vous la trouvez tout autour de vous, et en vous : car c’est votre force que j’ai convoquée. »

Puis elle se tourna vers les partisans de Vangral et de Faravol.

« Et vous ? Vous qui autrefois vénériez la lumière et l’harmonie, que déciderez-vous ? Abatterez-vous vos armes sur vos sœurs et vos parents, sur vos enfants et vos épouses ? Car toutes elles en ont assez de cette folie : elles préféreront se battre que d’endurer encore des lunes rougies par le sang ! »

Et à ces mots en effet, les fées, menées par la parole de leur Mère, élevèrent de grandes exclamations. Il n’était plus question de rebrousser chemin, de laisser les frères reprendre le pouvoir et cultiver la terreur qu’ils avaient semée dans ce lieu autrefois magnifique. Parmi les serviteurs des frères, nombreux étaient ceux qui jugeaient impossible qu’une telle preuve de magnificence et de bonté pût être le fait d’Erebrel. Nulle armée n’était venue les combattre : Véagavel et les fées rassemblées sur le Carrefour étaient prêtes à se défendre, à mains nues s’il le fallait, pour gagner leur liberté. Comment donc les frères pouvaient-ils soutenir qu’il s’agissait là des artifices de l’Ombre ?

Vangral et Faravol étaient désemparés. Ils ne comprenaient pas pour quelle raison Véagavel possédait encore ses ailes. Ils avaient mentis à la plupart de leurs serviteurs en affirmant que leur sœur avait péri dans les eaux de l’Aleüras, mais voilà qu’elle se tenait, fière au-dessus de son peuple, les ailes déployées, triomphante sur le piédestal. Vangral eut à l’ore une idée : une dernière chance de renverser le cours des évènements.

« Voyez ! dit-il. Celle qui se trouve devant vous porte des ailes ! Comment pourrait-ce être vraiment Véagavel, elle qui, vous l’avez constaté de vos propres yeux, a perdu ses ailes après avoir volé inconsidérément, et violé les limites que Souno, dans sa sagesse, a imposées à notre Peuple ? Ce n’est pas ma sœur, mais une créature de l’Ombre, sous les traits de Véagavel, qui tente de vous mener en erreur ! »

Il avait joué son va-tout, espérant encore que ses serviteurs s’accorderaient à ses arguments. Mais cette fois, son espoir fut dépassé par les évènements.

Car une grande bourrasque passa sur la Route, balayant les serviteurs qui ployèrent en grand nombre. Elle fila au-dessus du Carrefour, emportant avec elle un sillon de poussière soulevée des rues mal entretenues. Elle s’arrêta aux côtés de Véagavel, et en un tourbillon elle dessina avec les grains de poussière une silhouette grise, grave, et beaucoup plus grande que la Mère du Bedagávi. Une exclamation, faite de joie, de crainte et de respect, s’éleva de la foule. Souno même venait de leur apparaître.

« Honte à toi, Vangral, d’utiliser le Peur de l’Ombre à tes propres fins, dit-il d’une voix imposante. C’est bien Véagavel qui se trouve devant vous toutes. Elle a perdu ses ailes, après la terrible trahison de ses frères, et la perte de son époux et de ses enfants. Mais moi je lui ai fait le Don une seconde fois. »

Et à peine avait-il achevé sa parole qu’une deuxième figure, de haute stature elle aussi, apparut de l’autre côté de Véagavel. Son éclat et sa beauté ne laissaient aucun doute : c’était Omédia, Auteure des Fêtes dans la Vallée.

« Esclaves de Vangral et de Faravol, n’attendez plus ! chanta-t-elle. Rejoignez votre peuple ! Vous, tout autant que vos proches, vous languissez de les retrouver, de les chérir et de partager les chants sous la Blanche Lune ! »

Et sa voix contrastait avec la gravité des évènements, comme si l’ore des malheurs était déjà passé, qu’un ciel clair reposait au-dessus des têtes tandis que les sombres nuages diminuaient dans l’horizon.

À ces mots, beaucoup comprirent qu’ils regrettaient amèrement l’époque de la Mère du Lac. Mais jusque-là, faute d’inspiration, ils n’étaient guère parvenus à se dégager du rôle que les frères leur avait attribué. Maintenant était venue l’occasion de le faire ! Ils avaient devant eux leur peuple, et sur le piédestale était le Coffre et la Mère du Bedagávi, avec l’Amulette toute brillante sur sa poitrine, tel le plus beau des pendentifs ; et de part et d’autre de leur Mère, les deux grandes figures de Souno et d’Omédia : la première, puissante et grave comme la tempête, la seconde, belle et colorée comme une fleur.

D’un coup, sans échanger de paroles, ceux qui ne pouvaient plus résister à l’appel de la lumière se dégagèrent du reste de l’armée et grimpèrent les deux marches qui menaient de la Route au Carrefour. Ils se retournèrent subitement et se tinrent face aux frères, formant un obstacle inattendu d’épées et d’armures.

La force de Vangral et de Faravol venait de diminuer considérablement. Ceux qui, désormais trop versés dans la coupe de l’Ombre, demeuraient fidèles à leur maîtres, toisèrent un instant leurs nouveaux ennemis, se demandant qui d’entre les deux forces l’emporteraient.

Mais Vangral, malgré la rage qui le tenaillait, savait l’affrontement perdu :

« Une ore viendra, où nous seront de retour, Véagavel : et là tu ne pourras plus nous échapper. Sois sûre de ma parole. »

« De ma propre venire, je déciderai, Vangral. »

Véagavel avait parlé d’un ton qui ne souffrait point de réponse. Elle se tourna vers Faravol.

« Quant à toi, Faravol, je te révèle mes doutes. Je ne sais si tu approuves pleinement ce qui est advenu de ce royaume en mon absence. Tu as toujours été fidèle à ton grand frère, mais je crains qu’il ne t’ait conduit là où tu n’avais guère prévu allé. Cependant, tu as commis le plus terrible des actes : tu as tué, en mon royaume même. Ainsi je ne peux te permettre de rester. Mais je te donne ce conseil : pars, éloigne-toi de ton frère et choisis ta propre destinée ! Peut-être pourras-tu accomplir quelque chose qui profitera à ce monde. »

Faravol émit un rire étrange :

« Jamais je ne suiverai le moindre de tes conseils, oh toi qui n’est plus ma sœur ! »

Le peuple s’indigna devant de tels propos. Mais la voix de Véagavel s’éleva, et chacun se tut.

« Oh, mes frères, si vous pouviez vous voir tel que je vous ai vus, glorieux sous les terres de lumière au-delà de vos plus beaux rêves !  Je ne prétends pas comprendre pour quelles raisons nous avons choisi de traverser tous ces malheurs. Mais désormais je ne vous considère plus comme mes ennemis : aussi, bien que je vous renvoie, je ne le fais guère sans d’abord vous accorder ma grâce. Allez ! Et que sur votre chemin se présente le souvenir de votre éternelle beauté ! »

Ni Vangral ni Faravol ne répondirent à ces paroles : mais pendant un instant, ils semblèrent comme figés par elles, à l’écoute malgré eux de l’énigme qu’elles leur suscitaient.

Enfin, Vangral leva le bras ; il se mit en marche vers le sud. Ses forces le suivirent et Faravol, en dernier, se détourna du Carrefour et de la maison. Les frères et leurs derniers partisans s’éloignèrent et devinrent vite de petites et sombres silhouettes sur la route. L’éclat de leurs épées diminua.

Quand ils eurent disparu, il y eut un court moment de silence : et puis toutes les fées sautèrent de joie sur le Carrefour, et portèrent de hautes louanges vers le ciel et le piédestale. Véagavel était désormais seule en hauteur : Souno et Omédia avait disparu déjà, sans le moindre avertissement. La Mère du Bedagávi sauta au bas du piédestal, vers ses enfants. Tous, ils voulaient la rejoindre et poser ses mains sur elle, mais elle leva les bras et dit :

« C’est mon retour, mais c’est aussi celui de la Merveille ! Et celle-ci nous révélera maintenant quelque chose. »

Elle s’approcha de Daorole, et retirant l’Amulette de sa poitrine, elle l’enfila au cou de son frère. Elle fit deux pas de recul, et celles qui l’entouraient l’imitèrent, tout en murmurant leur suprise. Elles regardèrent, émerveillée, l’Amulette sur la poitrine de Daorole, avec le Coffre brillant au-dessus de sa tête. Oh, belle était l’ore !

« Désormais, Daorole, tu seras tout autant que moi le gardien de la Merveille ! déclara Véagavel. Je te confie l’Amulette, et nulle ne devra remettre ton jugement en doute, s’il advenait que tu fasses de même pour quelqu’une autre. Que le passage de l’Amulette d’un cœur à un autre tisse la grande trame de lumière de notre monde ! »

Et à partir de cette Lune Haute, le Coffre demeura exposé sur le Carrefour, et l’Amulette alla d’un porteur à un autre, selon la volonté de son dernier gardien. Plusieurs prirent l’Amulette et la portèrent contre leur poitrine, mais nulle n’ouvrit le Coffre. L’histoire du retour de Véagavel et de la Merveille traversa la Diagor, et de nombreux voyageurs, certains venant au Bedagávi pour la première fois, trouvèrent ainsi le Carrefour au terme de leur voyage.

Trois Lunes Hautes plus tard, d’ailleurs, Kolo le Géant, fils d’Oktor, viendrait de sa propre initiative, et séjournerait au Royaume du Lac. Il contemplerait la Merveille, et revenant en son royaume, il parlerait de sa découverte à son plus jeune fils, Agoras, dont le destin s’éveillerait à cet instant.

 

Image originale de Amélie-Maude Bergeron

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2 commentaires sur “–Espace d’Imagination – Le Voyage de la Fée épisode 18 – 29/07/18

  • Sylvie Poirier

    Superbe conclusion digne des grandes histoires de Fantasy. La confiance en soi, en l’unité avec les autres, associée aux valeurs et ressources du coeur aimant et de l’esprit sain savent répondre aux doutes et à la souffrance et consolider la Marche des Héros en quête de lumière… et ici, sans une goutte de sang versée.

    Encore une fois, la musique nous porte et supporte si bien l’histoire, se faisant tantôt saccadée, grondante et menaçante, tantôt légère, brillante et claironnante.

    Bravo! Félicitations! Et encore une fois, merci pour le don de cette belle aventure. Bravo également à tes collaborateurs et collaboratrices pour le partage de leurs talents respectifs. Nous attendrons tes prochains écrits avec enthousiasme!

  • Daniel

    Une famille unie c’est une famille qui prie disait les vieux! Il faut croire qu’ils ne priaient pas à la même église ou du moins sur le même banc! Merci Julien d’avoir tenu la barre imaginaire jusqu’au bout et que le prochain voyage se prépare!