–Espace d’Imagination – Le Voyage de la Fée épisode 14 – 01/07/18


Le Voyage de la Fée – XIV – La Vision 

Véagavel avait rejoint l’Île au centre de la Mer. Là, Liga et Agawé étaient venus à elle, et ils lui apprirent maintes choses sur la nature de l’Île et des évènements dont Véagavel faisait partie. Ensemble, ils avaient remonté le Fleuve du Temps, jusqu’en amont, et là, Véagavel s’était trouvée devant la Chute de Lumière et le Cristal.

« Regarde ! dirent Liga et Agawé. Le Cristal veut maintenant te donner sa Vision ! »

Et soudain les étoiles, en myriades de myriades, tant au-dessus qu’en-dessous dans le grand bassin du Cristal, déversèrent leur pouvoir. Le Ciel devint une gigantesque voûte de lumière. Les Chutes de Lumière se gonflèrent, exactement comme une rivière recueillant soudain les eaux d’une grande ondée. L’éclat du Cristal s’intensifia : chaque facette répercutait le courant des Chutes avec une force décuplée. Il devint d’une brillance complète, mais d’une nature telle que Véagavel n’avait pas même à couvrir ses yeux. La lumière pénétra son regard, et son regard devint lumière.

Puis tout disparut : l’obscurité recouvrit toute chose, si bien que Véagavel se demanda si elle n’était pas devenue aveugle. Elle ne respirait plus, ne bougeait plus. Elle fut surprise de ne pas ressentir la moindre peur. Cette obscurité-là, comprenait-elle, n’avait rien d’effrayant. Elle était comme une attente, un espace prêt à accueillir quelque chose.

Pendant un temps, rien n’en perturba l’équilibre. Mais enfin il commença de se dessiner des lignes de lumière, qui s’allongeaient dans le noir, et se ramifiaient encore et encore tel un arbre en croissance ; et les lignes pouvaient en rejoindre d’autres, et s’entrecroiser. Et ainsi se forma une maille de lumière tressée de plus en plus finement, jusqu’à ce que tout l’espace fût comblé et que la maille devînt une toile parfaite. De nouveau, Véagavel se sentit investie d’une parfaite immobilité : cette fois elle était plongée dans une lumière totale, complète.

Mais tout à coup des déchirures apparurent à la surface de la toile, sous forme d’ombre, non pas belle et sereine comme l’obscurité de tout à l’heure, mais dense, opaque, et triste autant qu’avide de s’étendre davantage. Et les déchirures s’étendaient ici et là comme de sombres chemins, brisant la toile dont la lumière s’effaçait un peu plus, à chaque instant. Un grand élan secoua Véagavel : elle projeta sa volonté aussi fort que possible vers la toile, l’enjoignant de réagir au mouvement des ombres. Soudain les chemins de lumières se mirent à leur tour à sillonner les espaces gagnés par les ombres : par endroit la lumière retrouvait sa place, tandis qu’en d’autres elle la cédait. Véagavel ne pouvait dire si la lumière ou l’ombre l’emportait sur l’autre. Les deux mailles s’entrecroisaient en mouvements si nombreux et enchevêtrés que l’espace de la vision semblait avoir atteint un nouvel équilibre : un équilibre bien inattendu pour Véagavel.

Soudain, tout retomba dans l’obscurité. Puis, après un simple clignement des paupières, Véagavel retrouva le Cristal, les Chutes de Lumière et le grand bassin. Liga et Agawé se tenaient toujours sur la rive du Fleuve.

« Qu’est-ce que… qu’est-ce que tout cela signifie ? demanda Véagavel. »

« C’est à toi de trouver ta réponse, Véagavel, répondirent les Parents de l’Agor. Cette vision est la tienne, après tout. C’est ce que tu portes en ton cœur ; c’est ce que t’as révélé le Centre de ton Monde. Mais saches que cette vision est ce que tu es venue chercher ici. C’est l’ultime raison de ton voyage ; et maintenant que tu l’as découverte, celui-ci tire à sa fin, car tu es prête à retourner sur les terres de ton récit, pour y jouer le rôle que tu voudras bien prendre en regard de ce que tu as vu. »

Les Parents de l’Agor se mirent en marche, s’éloignant du bassin, des Chutes et du Cristal, pour descendre le Fleuve du Temps. Et sans que Véagavel pût en comprendre la conversion, ils retrouvèrent leurs formes distinctes, allant désormais côtes à côtes. Le Madafil les suivit, se laissant porter par le doux courant. Lorvelé conduisait avec la même indifférence apparente qu’à l’aller. Véagavel lui demanda s’il avait vu, lui aussi, la Vision du Cristal.

« Bien entendu, répondit-il, comme je vois tout ce qui brille sous la Lumière en Agor. Mais cette vision ne fera pour moi aucune différence. Tel est le Don que reçurent les Navigateurs, que de pouvoir voyager dans le Monde sans être emportés par les mouvements du Récit. »

Véagavel repassa devant les terres de merveilles de l’Île : elle les contemplait, maintenant, avec le désir d’en garder le souvenir le plus juste après son départ. La tentation de sauter par-dessus le navire et de rejoindre la lumière de l’endroit la traversait de temps à autre, mais la résolution de retourner au Bedagávi fut assez ferme en son cœur pour la maintenir à bord.

Enfin la Mer se présenta au-devant. Liga et Agawé accompagnèrent Véagavel jusqu’au bout du Fleuve et s’arrêtèrent sur les blancs rivages.

« À ton retour, tu n’auras point à craindre l’oublie qu’engendre la Mer, dirent les Parents de l’Agor, car tu as fait appel à l’assistance des Navigateurs, et avec leur Don vient le pouvoir de mener le voyageur sans qu’il ne subisse les altérations de l’Espace. Nous ne te dirons pas au revoir, Véagavel, car toujours tu es avec nous en ce lieu. Mais nous te souhaiterons bon courage, pour la suite de ton récit, car c’est ce dont tu auras besoin, plus que tout autre chose ! »

« Mais moi, je vous dirai au revoir, oh Liga et Agawé ! Car je sais qu’une fois l’Île derrière moi, je me languirai de la retrouver, et que mon cœur songera qu’une distance énorme se trouve entre vous et moi. »

Liga et Agawé inclinèrent la tête ; puis la relevant avec un sourire, ils levèrent une main légère. Véagavel leur renvoya leur salut, quoiqu’elle ne sourît point à son tour.

Lorvelé, toujours à la barre, fit accélérer le Madafil. L’Île courut rapidement vers l’horizon. Seule demeura longtemps visible l’éclat lointain du Cristal et la Chute de Lumière tombant du Ciel au-dessus, colonne de lumière allant de la Mer des Eaux à la Mer des Étoiles. Devant, à perte de vue, s’étendaient les flots onduleux. Mais Véagavel savait que même l’immensité de la Mer avait une fin, et qu’elle rejoindrait bientôt les côtes de la Diagor, où l’attendaient une venire pleine de défis.

Image originale de Amélie-Maude Bergeron

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5 commentaires sur “–Espace d’Imagination – Le Voyage de la Fée épisode 14 – 01/07/18

  • Sylvie

    Comme Véagavel on retient notre souffle ou plutôt, on le ralentit en lisant cette épisode. J’aime que la révélation demeure un mystère pour nous et son personnage, comme le sont généralement les révélations majeures, qui ne prennent leur sens que dans le temps et l’expérience.
    Pour reprendre les mots utilisés dans l’épisode précédent: canevas, mosaïque … et ici, volonté d’être le maître d’oeuvre du dessin/dessein.

  • Samuel

    J’ai ma réponse pour les marins et Lorvelé. J’avais donc un peu tort dans mes hypothèses et à la fois, un peu raison. C’est dans ce texte qu’on découvre – selon moi – toute la complexité de ton monde.

  • Mariève

    Wow les Navigateurs ont vraiment piqué ma curiosité. Ça ouvre l’horizon sur tous les pouvoirs possibles de ton univers. Je peux te dire que tu détiens l’art de transmettre des vérités profondes à travers tes écrits.

  • Diane poirier

    L’inconscient est à l’honneur dans cet épisode à moins que ce ne soit l’interface entre vie et mort?! Une énigme que Veagavel nous révélera je suppose hâte à la suite!!