–Espace d’Imagination – Le Voyage de la Fée épisode 1 – 30/03/18


Le Voyage de la Fée – I – La Chute de l’Arbre

Autrefois, en Agor, était une fée nommée Omilorim. Cette fée, au terme d’un long voyage, avait pénétré au cœur de la Montagne des Dieux : là, dans la Salle des Cristaux, elle avait trouvé une grande chute de lumière qui tombait du haut du dôme jusqu’à son centre. Omilorim s’avança dans la chute, et dans le corps même de la lumière, il façonna un Coffre. Il le rapporta à son peuple qui vivait dans une grande Vallée au sein des Montagnes Bleues. Son peuple à l’ore déclara que le Coffre était la Merveille des Fées. Et les Fées le posèrent au pied de l’Arbre de la Vie, la Merveille des Dieux, qui croissait au milieu de la Vallée. Encore et encore, sous la voûte des Étoiles, brillèrent les deux Merveilles.

De grandes Fêtes tenaient lieu dans la Vallée. Les Fées et les Grands Esprits s’y rassemblaient pour célébrer l’Agor et ses beautés, tout en partageant leur sagesse et leur connaissance. Mais un jour se présenta aux Portes de la Vallée celui que les Fées nommèrent Reslo. Et pour le malheur de tous, cet invité, par des paroles de discorde, mena Omilorim à rompre son amour pour les Grands Esprits. De la vue du Coffre, Omilorim priva les Fées et les Grands Esprits, en cachant la Merveille au fond de sa Demeure, là où il la croyait à l’abri de tout danger.

Or l’Ombre survenue depuis longtemps déjà dans le Nord de l’Agor, par force complots, déroba le Coffre et provoqua la mort d’Omilorim. Et il est dit, dans la Quête des Gardiens, comment les Gardiens de l’Agor, au terme d’un effroyable voyage dans le Monde de l’Ombre, récupérèrent le Coffre au cœur de la Toile de Ténèbres et le rapportèrent aux Fées.

Si, depuis la Quête des Gardiens, les Grands Esprits ne venaient qu’en de rares occasions dans la Vallée, nombreuses étaient les fées qui, même après le triste départ d’Omilorim, étaient demeurées dans le lieu, trouvant dans la beauté et la lumière de l’Arbre une joie et un repos que rien d’autre, en Agor, ne leur procurait de semblable. Il s’agissait surtout des fées qui se reconnaissaient comme gente de Dalial, le frère aîné d’Omilorim. Car le Bosquet, la Demeure de Dalial, était encaissé entre deux bras de montagne, à quelques lieues seulement des Portes de la Vallée. Et des trois Enfants de la Mère des Fées, Dalial était celui qui conservait le plus précieusement les savoirs anciens et le souvenir des Fêtes dans la Vallée. Lui-même quittait parfois sa Demeure pour séjourner dans la grande enceinte de montagnes.

Il était là quand survint le plus terrible des évènements.

Cela commença par un grondement profond, et si subtil qu’on cru d’abord qu’un rocher déboulait les flancs d’une lointaine montagne. Mais le grondement persista, et son roulement s’amplifia. Toutes les fées dans la Vallée étaient maintenant dressées dans l’herbe scintillante, l’oreille tendue vers le nord : car de là provenait la source du bruit.

La terre commença de trembler sous leurs pieds. À travers les cols immaculés des montagnes, au nord, apparut une silhouette, sombre et immense. Elle se déplaçait rapidement, provoquant sur son passage de violentes avalanches qui s’en allaient ensevelir les arbres éparses des hauteurs.

Dalial clama à toutes les fées de quitter la Vallée au plus vite, car la silhouette, sans doute aucun, filait droit vers elle. Beaucoup suivirent son conseil, mais la peur et la fascination en tenaient d’autres en place. Et la silhouette approchait toujours. Elle dévala les dernières pentes qui la séparait des collines de la Vallée, et là, toutes la reconnurent : Reslo.

Il n’avait pas reparu depuis qu’Omilorim avait quitté la Vallée.

En cette ore, il déboulait dans le cercle de montagnes comme une tempête. Dans ses yeux luisait une colère glacée que les fées les plus subtiles avaient toujours perçue, sans pouvoir la nommer : elle brillait désormais sans plus de retenue, d’un bleu acéré. Mais une autre chose était dans son regard, une obscurité incrustée en son œil. Et il portait, sur sa tête, une couronne faites de volutes aussi noires que la plus profonde des ombres.

Il avait une grande hache à la main, et les fées, à la vue de cette arme, connurent son intention. Beaucoup se placèrent entre lui et l’Arbre, dans une tentative désespérée de protéger ce dernier. Mais Reslo était une Puissance de l’Agor, et mille fées se fussent-elles dressées contre lui que son mouvement n’en eût point été dévié. Plusieurs furent mises à mort avant que les autres ne s’écartassent enfin de son chemin.

Sans plus personne pour se tenir devant lui, Reslo approcha de l’Arbre de la Vie. Il brandit sa Hache et porta un coup unique à la Merveille des Dieux. Les feuilles de l’Arbre frissonnèrent du plus bas au plus haut rameau. La Merveille vascilla. Puis, après un horrible silence, où tout sembla suspendu en un équilibre trop précaire, le tronc céda. L’Arbre tomba, d’une chute longue et douloureuse, son tronc élevant une plainte sourde et tordue. Son bouquet de branches se brisa contre le sol en un fracas énorme. Le tronc brisa les collines alentours.

À l’ore Dalial, qui regardait le désastre depuis les Portes de la Vallée, se détourna ; dans le plus grand silence, il mena les siennes jusqu’à sa Demeure. Il parvint au Bosquet, et il se dirigeait d’un pas lourd mais déterminé vers la Clairière, quand le peuple se mit à pousser de hautes lamentations. Dalial, quoique accablé lui aussi d’un chagrin sans pareil, se retourna pour les consoler. Mais ce faisant, il comprit ce qui venait de provoquer leurs pleurs soudains. Des ailes gisaient sur le sol. Ses propres ailes. Elles étaient tombées tout doucement, en silence, comme il arrive aux feuilles de se détacher elles-mêmes de leur tige, sans la moindre brise pour les arracher et les emporter au loin.

Son peuple pleurait, mais lui-même, il ne versa point de larmes : pas dans l’instant. Il érigea en son for intérieur un barrage duquel il ne laissa s’écouler, pendant longtemps, qu’un mince filet de chagrin, faute de quoi tout le reste eût été inondé.

 En un chant, porté aussi haut vers les étoiles que profond en son cœur, il dit :

« Ainsi disparaît la Vision de l’Arbre de la Vie dans la Vallée. »

 

Image originale de Amélie-Maude Bergeron

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9 commentaires sur “–Espace d’Imagination – Le Voyage de la Fée épisode 1 – 30/03/18

  • Ressliki

    Malade! J’attendais ça avec impatience! Ça va être épique. Le teaser est juste Sick pis la musique est sur la coche. J’adore ;). Va falloir que je me cache de ma famille une couples de minutes dimanche au brunch le temps de lire ça.

  • Ressliki

    Wooww! Le premier épisode est vraiment sick! J’espère ne jamais revois Reslo et sa sale face de beep! Pis que dire de la musique! C’est toi pis tes chums qui avez composés cela?! Sick!

  • Sylvie

    Reslo, comme un cauchemar duquel on pense s’être délivré au réveil mais qui revient la nuit, au moment où on si attend le moins.
    Je suis très fébrile dans l’attente des nouveaux duels et péripéties à venir qui nous permettrons encore une fois d’apprécier les forces de l’ombre et de la lumière de chacun des protagonistes.
    Que dire de la musique, sinon BRAVO! J’ai recommencé l’épisode les yeux fermés, juste pour réécouter la musique à nouveau (avec des écouteurs) et y joindre les images qui me venaient de ma précédente lecture.

  • Daniel Godon

    C’est l’excellent retour de Jul, notre écrivain à grande plume! Je remarque aussi à travers ton récit l’amour que tu as pour l’humanité et l’amour que tu portes à la nature et particulièrement aux arbres! Profite de toi et enchante-nous!