–Espace d’Imagination – La Quête des Gardiens épisode 5 – 13/07/17


La Quête des Gardiens – V – L’Épée

Ainsi avaient pris fin les Jours Heureux : Omilorim avait retiré le Coffre de sous l’Arbre de la Vie ; Agawé avait soulevé l’Aragor pour former la Lune. Depuis il n’y eut plus de fêtes telles que les Fées en avaient connues dans la Vallée. À jamais la face de l’Agor était-elle changée ; Nura, le Ciel Étoilé, ne retrouvait son plein pouvoir qu’à l’ore où la Lune avait profondément sombré sous la terre. Mais vite l’éclat du nouvel astre apparaissait de nouveau dans l’Est. La Lune émergeait de l’horizon, et durant tout le temps de sa course sous la voûte du firmament, elle posait sur chaque chose en Agor, feuilles, tiges, rivières et montagnes, sa robe d’un blanc pur.

Mais au Nord l’Ombre demeurait toujours ; longuement Agawé avait songé à un moyen, soit d’en détruire le Pouvoir, sinon d’en réprimer la croissance. Enfin il se mit à l’action : il préleva un bloc de pierre du cœur de la Terre et, déployant tout son art, il sculpta la pierre de ses mains, en une grande et robuste silhouette. Il dit :

« Que s’anime la terre, et qu’elle protège l’Agor qui fut son berceau ! » 

La pierre s’anima, et par le mouvement sa matière devint chair. Là naquit le grand Darnivel, Héraut d’Agawé et Gardien de l’Agor. Il était nu, à son premier temps. La blancheur de la Lune luisait sur sa peau couleur de terre. Agawé le vêtit d’une armure de steral, pierre aux teintes de cuivre, mais d’un corps plus solide que le diamant.

Et du cœur de la Lune, Agawé préleva un morceau de la Pierre Blanche : cette Pierre avait longtemps résidé au sommet de l’Aragor, aux côtés de Liga et d’Agawé, et c’est par elle que la lumière des étoiles avait convergé pour se déverser dans le grande Salle des Couleurs, où Omilorim avait produit son Coffre. Mais avec le soulèvement de la Montagne et la formation de la Lune, la Pierre voguait désormais dans le ciel, et d’elle la Lune tirait son plein pouvoir.

Agawé tailla le morceau de Pierre Blanche, finement, précisément, pour lui donner la forme d’une épée.

Indestructible était cette épée : toutefois, Agawé, dans sa sagesse, savait qu’à l’Ombre seule la Lumière offrirait une réponse véritable. Et si l’épée, faite de la substance même de la Pierre Blanche, avait le pouvoir de rassembler la lumière des étoiles et d’éclairer l’Agor, privée de cette lumière même, dans les ténèbres, elle n’eût que bien peu de valeur. Or Agawé ne pouvait instiller lui-même, en l’épée, le Pouvoir des Étoiles.

 

Mais il y avait en Agor un esprit du nom de Sarluòh, qui seul, d’entre tous les Grands Esprits de l’Agor, connaissait le Chemin des Étoiles. Agawé vint à lui et lui dit :

« Toi qui voyages à ta guise entre l’Agor et le Ciel, va trouver mon père Esfhor aux Milles Feux : apporte-lui l’épée, afin qu’il la pourvoie de son nom ! Je te la confie maintenant. Conserve-là précieusement, à l’aller comme au retour. Jamais elle ne doit tomber entre les mains de l’Ombre, auquel cas nous serions tous perdus! »

« Aie confiance, Agawé, dit Sarluòh. Je ne te ferai pas défaut ! »

Sarluòh quitta l’Agor et fila sans délais entre les astres du firmament. Il trouva le Palais de Lumière, et vint devant Esfhor. Il lui transmit les paroles d’Agawé, et sans réserve Esfhor répondit à la demande de son fils. Il saisit l’épée et, rassemblant la Lumière qui était en lui, il dit :

« Que l’Épée porte le nom d’Esfa ! »

Puis il retourna l’Épée à Sarluòh, qui laissa le Palais et s’en revint en Agor.

 

À peine avait-il pénétré le Royaume de l’Agor que Reslo vint à sa rencontre ; ce dernier s’approcha, affichant son froid sourire, et se plaça sur le chemin de Sarluòh. Non sans crainte, Sarluòh arrêta sa course, tenant Esfa ferme en sa poigne.

« Sarluòh, pourquoi de telles réserves ? dit Reslo. N’ai-je pas, après tout, participé autant que toi aux Fêtes dans la Vallée, et célébré l’Agor et le Ciel avec les Grands Esprits et les Fées ? Ne me considères-tu pas comme un allié devant la menace de l’Ombre ? »

« Pour un temps, tu fus capable de te détacher de toi-même et de goûter à la beauté de l’Agor, répondit Sarluòh. Mais j’ai vu les portes de ton cœur se refermer il y a déjà bien longtemps. Ceux qui sont seuls n’ont aucun espoir face au Voile qui s’est levé au Nord. »

« Tu te trompes, dit Reslo. J’ai dressé des remparts qui sauront tenir contre le Pouvoir de l’Ombre. Et lorsque ma forteresse sera le dernier refuge en Agor, ceux qui m’auront confronté n’y seront peut-être pas admis. Prends donc garde à tes paroles ! Mais, en vérité, oh Sarluòh, je ne désire pas de conflits entre toi et moi. »

« Quel est donc ton désir ? »

Mais de tous les Grands Esprits, Sarluòh avait la vue la plus pénétrante : il connaissait les nombreuses réponses à sa propre question.

« L’Épée qu’Agawé a façonnée est certes puissante, répondit Reslo, mais entre les mains de son Gardien, son pouvoir ne saurait être utilisé à sa pleine mesure. Placez cette Épée entre mes mains, et de l’Agor je pourrai chasser l’Ombre pour toujours. Je vous en donne ma parole ! »

« L’Ombre ne peut se servir de la Lumière, dit Sarluòh. Et déjà ton cœur en est empli. Cette Épée ira à qui elle est destinée. »

Soudain céda le sourire de Reslo ; son visage se tordit de colère et de folie, et dans ses yeux surgit une lueur glacée.  

« Moi seul régnerai sur l’Agor : ni Agawé, ni l’Ombre ! Tous ils m’adoreront, et tous ils reconnaîtront mon nom véritable et mon pouvoir ! »

Et il asséna à Sarluòh un coup si terrible qu’il passa bien près de le détruire. Sarluòh chancela, mais il tint bon. En un élan désespéré, il rassembla ses dernières forces et fuit à toute vitesse dans l’espace des airs. Reslo le poursuivit, poussant de grands cris de rage, mais Sarluòh se retira dans des lieux que lui seul connaissait. Ainsi la menace n’eut d’autre choix que de passer.

Puis Sarluòh quitta prudemment son refuge et trouva Agawé. Il lui remit Esfa et lui dit :

« Un second ennemi s’est révélé en Agor : il s’en est fallu de peu pour que Reslo ne s’empare de l’Épée et que tout ne soit perdu. Mais la voici, à présent : elle se nomme Esfa. Je ne peux désormais plus rien faire pour toi, car j’ai reçu de Reslo un assaut duquel il me faudra longtemps guérir. »

« Je te remercie, Sarluòh, dit Agawé. Je ne te demande plus rien d’autre. »

En le cœur d’Agawé se mêlait tristesse et colère. Ainsi Reslo avait bel et bien couvert la malice qu’il lui avait longtemps soupçonnée. Aujourd’hui il s’était révélé, et il était passé bien près d’entraîner le monde dans sa propre chute. Agawé posa ses yeux chagrinés sur Esfa. L’Épée brillait, vive, sous le ciel : mais en son sein pulsait une pâle lumière blanche, comme un souvenir d’étoile incrusté dans la lame.

« Cette lueur avivera son ardeur quand la nécessité l’y invitera, dit Sarluòh. À l’ore le pouvoir qui sommeil en l’Épée s’éveillera, et tous en seront témoins. »

« Je te remercie pour ton dévouement, Sarluòh, dit Agawé. Je ne l’oublierai pas. »

« Ta parole est appréciée, répondit Sarluòh. Mais ceux qui servent la Lumière du Monde ne cherchent pas la gratitude des mots. Ils trouvent la félicité dans l’acte même. »      

Puis il s’en fut.

 

Et enfin Agawé tendit l’Épée à son Gardien ; Darnivel empoigna Esfa de son puissant poing. L’éclat de l’Épée donna à ses yeux une lumière qui ne les quitta plus. Désormais plus rien n’eût pu délayer sa tâche. Vers le Nord, il se mit en route, et débuta ainsi son long labeur contre le Pouvoir de l’Ombre.

La Quête des Gardiens épisodes 1 & 2

La Quête des Gardiens épisode 3

La Quête des Gardiens épisode 4

La Quête des Gardiens épisode 6

La Quête des Gardiens épisode 7

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8 commentaires sur “–Espace d’Imagination – La Quête des Gardiens épisode 5 – 13/07/17

  • Mariève

    J’approuve que c’est le meilleur à mon goût aussi! Wow, quel bel équilibre entre description, émotion et rythme! J’adore la couleur unique que tu donnes à tes images et la prestance des grands gardiens 🙂 ! Excellent travail !

  • Félix

    En vous lisant, nous avons l’impression de lire Le Seigneur des Anneaux. Votre univers semble complet et vous nous le décrivez à la perfection. Continuez votre beau travail !

  • Daniel Godon

    Wow Jul , on sent que l’énergie que te donne tes lecteurs te font te dépasser…je suis rendu accro à cette féérie imaginaire!!! Ton monde se construit dans la fascination et donne le goût de se laisser aller à son histoire! Le passage qui m’a donné tout de suite des frisson est: ” La Lune émergeait de l’horizon, et durant tout le temps de sa course sous la voûte du firmament, elle posait sur chaque chose en Agor, feuilles, tiges, rivières et montagnes, sa robe d’un blanc pur.” La lune posait sur chaque chose sa robe d’un blanc pur…….enveloppant!

  • Sylvie Poirier

    J’aime toujours me retrouver dans ton monde où les Dieux, à l’instar de ceux de la mythologie grecque, sont animés des sentiments, des forces et des faiblesses qui sont propres aux humains. La fantasy permet ces rêves éveillés qui nous transporte à la fois loin en nous et bien au-delà de nous mêmes. Bravo et merci de nous permettre de s’immerger dans ce monde onirique avec le si beau style qui est le tien! Je suis déjà sur le bord de ce champ de bataille qui n’attend que ses Titans.

  • Louise Beaugrand

    L’Ombre et la Lumière! C’est vrai qu’on se croirait au milieu d’un épisode Le Seigneur des anneaux. Quel beau travail Julien ! J’ai lu d’un trait les 5 épisodes et j’ai soif d’en lire encore…