Justice éphémère – Confession dans le bus voyageur – 22/02/18


Montréal, station Radisson. Les portes s’ouvrent, je me faufile en courant entre les gens. J’ai trois minutes pour ne pas manquer mon autobus. Je monte les nombreuses marches le plus vite possible et me rends compte que je suis moins en forme que je le pensais. J’arrive dehors. Yes ! Le bus n’est pas encore parti ! Direction Joliette, j’embarque dans celui-ci en haleine après avoir piqué un sprint dans la tempête qui se lève doucement.

Je rentre chez moi.

J’habite Notre-Dame-des-Prairies depuis un an. Ce petit coin est collé sur Joliette. J’y passe beaucoup de temps. C’est dans cette ville que j’ai découvert mon amour pour la musique folklorique Québécoise. Pas celle qu’on entend à la radio au jour de l’an et qui parle de dinde, dinde, dinde. Plutôt celle qui donne le goût de jouer de la cuillère en buvant de la bière à l’Albion. L’autobus décolle. Ce n’est pas le même que d’habitude. L’autobus voyageur a été remplacé par un autobus de ville. Je ne pourrai pas dormir tout le trajet. En plus, il sent mauvais, une espèce d’odeur de vieux plastique qui donne mal à la tête. J’imagine la voix de mon petit frère : « Passe donc ton examen de conduite pis arrête de chialer ! » Sérieusement, j’aime prendre l’autobus. Et je retourne vivre à Montréal dans quatre mois. Le métro me suffira. Je n’ai pas envie de tourner cinq fois autour de mon bloc appartement pour trouver une place de parking et de sacrer après des imbéciles qui jouent à Fast and Furious downtown.

C’est la première fois que je ne m’endors pas dans l’autobus. J’observe les gens conduire les deux mains bien agrippées à leur volant. Moi, je me sens en sécurité dans l’autobus. Un peu plus loin, un pick-up noir nous rejoint. Je reconnais le chauffeur. Un Atikamekw qui vient souvent au centre autochtone où je travaille. Il revient probablement de Manawan avec sa blonde et ses deux filles.

J’aimerais y aller pour y respirer l’air frais. Aller voir le Mocom de mon ami pour un souper.Il chasse l’orignal et j’adore la viande sauvage. Quand je sais qu’un souper d’orignal ou de perdrix se donne chez mon père, je ne manque jamais ça. Ah ! Et les saucisses d’orignal de mon grand-père, un vrai délice.La chasse sur la réserve est faite dans le respect.On ne peut pas enlever ça à Manawan, ni ailleurs. Ils ont un don pour survivre ces gens-là, c’est un peuple fort.

J’envie aussi leurs forêts boréales quand je pars trop longtemps à Montréal. J’aurais besoin de m’évader. D’aller me perdre dans le bois pour me retrouver avec les loups, les cerfs et moi-même. Afin de me retrouver dans mes racines dispersées. La tempête se calme douze kilomètres avant le terminus de Joliette. J’écoute de la musique dépressive. Dépressive mais bonne et inspirante. Comme un ami l’a mentionné sur Facebook avant-hier : « Y’a des journées faites pour la musique Indie-Folk dépressive, photos grises à la pinterest et café pumpkin spice latte » et aujourd’hui en est une « so white girl », comme on le dirait.

J’arrive à Joliette; j’appelle mon père pour qu’il vienne me chercher. Mon autonomie s’arrête quand il fait trop froid pour attendre l’autre bus de ville et que je suis trop paresseuse pour marcher quarante-cinq minutes dans la neige. En plus, j’arrive de Montréal. Je n’apporte pas mes grosses bottes d’hiver là-bas. Ce n’est pas cute du tout quand tu sors pour aller danser.

Quand on me demande je viens d’où, je réponds que je viens de partout.

Myranda Arseneault

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Myranda Arseneault, danseuse burlesque


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4 commentaires sur “Justice éphémère – Confession dans le bus voyageur – 22/02/18

  • Samuel

    Mell n’était pas d’accord avec moi, mais ça m’évoque du Jacques Poulin. J’ai trouvé ça très cool de travaillé ce texte et je suis fier du produit final.

  • Nicolas Sylvestre

    Aujourd’hui, en lisant ton texte ça m’a fait repenser aux crises d’anxiétés que j’ai vécu depuis mon retour à l’école. Le programme d’art, lettre et multidiscipline me plaisait, mais le manque de sous m’a tiré rapidement dans la fausse. Montréal me dégoûtais, j’ai déjà pensé souvent au programme d’art visuel de Joliette. En bref, je parle de moi simplement parce que ton texte me refais vivre les émotions que j’ai vécu durant les dernières semaines. Il m’aide à accepter mes choix récemment fait. Il m’aide à me dire que je ne suis pas seul à vivre des embûches (j’avoue parfois je songe à toi en pensant au combien tu es rendu haute dans ta scolarité et moi je me sens tout-bas. Ce comparer ne m’apporte rien mais ça me créer un trémolo.)

    Dans mon sang, je porte celui de parent québécois, mais à l’intérieur il y a une énergie qui a envie de soutenir les premières nations d’un peu faire parti d’eux. Il y a en moi quelqu’un qui voit la vie coloré et grande… Ton texte me fait voyager. Tellement de pensées.

    Merci pour ce texte plein de magie à travers l’ordinaire.