Crise d’ado – L’abandon d’un père


Mon papa, celui que j’aurais voulu aimer, celui avec qui j’aurais dû être heureuse toute ma vie… Mon papa, celui contre qui je n’aurais jamais dû être fâché, celui avec qui j’aurais pu parler de tout et de rien… Mais bon, mon papa à moi n’est pas là!

Un papa, c’est qui en faite? Je n’ai pas vraiment l’idée claire sur le mot parce que j’en ai un, mais il n’existe pas : pas pour moi.Un jour, le père de mon amie lui a chuchoté à son oreille : « tu sais que je serai le seul homme qui t’aimera toute ta vie? » Ouais c’est ça, moi le mien, il est où? Je me suis mis à pleurer après avoir entendu ces doux mots, encore et encore… J’ai pleuré son dégout pour moi et surtout pleuré son absence. J’aurais bien aimé avoir un père, qui m’aime réellement comme je suis. Comme ce qu’il a créé. J’aurais aimé ne pas vouloir devenir quelqu’un d’autre pour lui. Ça fait trois ans, trois ans que je ne l’ai pas vu. Ça fait 1095 jours que j’ai changé, que je suis devenue différente, que je me suis perdue à cause de lui. Je suis simplement trop préoccupé par les jugements qu’il portait sur moi, les commentaires surtout.

Un papa c’est censé aimer sa fille. L’adorer, l’écouter et surtout être présent. Faut croire que non selon sa définition à lui. Par contre, aujourd’hui, pour ne pas sombrer comme je l’ai fais de nombreuses fois, j’ai décidé d’arrêter de subir. J’ai décidé d’arrêter de l’attendre. Parce que oui, j’avais espoir qu’un jour son cœur m’aimerait peut-être un peu, même si ça avait été de la pitié, j’aurais été ému de recevoir cette petite partie d’amour.

Il n’a jamais été présent dans ma vie. Il n’y a été que de courts passages, comme pour mieux entretenir l’absence et le manque que je ressentais. Cependant, mon manque à moi, c’est lui ! J’aurais aimé qu’il comprenne un peu mes sentiments, vous savez? Toute cette colère qui m’habite depuis tant de jours maintenant, toute la haine que j’ai envers lui. Maintenant, je me dis que je n’aurais jamais dû changer pour lui, parce qu’il n’en vaut pas la peine…

J’aimerais le détester, le haïr. J’y arrive un peu parfois. J’aurais aimé ne pas gâcher ces trois années par sa faute. J’aurais aimé tellement de choses, qui ne viennent pas de lui. J’aurais aimé être Samuëlle, celle dont il ne s’est jamais occupé. Celle qu’il a laissé partir, celle qui s’acceptait et qui s’aimait avant. Celle qui n’avait jamais de problème.

Aujourd’hui, je me rends compte que je n’aurais jamais dû changer pour lui plaire. Pour que peut-être il aime sa princesse un jour. Maintenant, je me bats pour devenir une meilleure personne et surtout pour ne pas devenir une personne comme lui. Je me bats pour retrouver celle que j’étais avant. Celle-là, elle est vraiment bien cachée, merci beaucoup papa ! J’ai eu une bonne éducation alors je m’interdis de l’insulter et de le juger pour lui montrer ce que l’on m’a appris quand il n’était pas là. Il est sûrement choqué de la manière dont je me comporte, il est sûrement choqué de la manière dont je travaille, il est sûrement choqué de mes réactions, mais il ne le serait pas s’il avait été là quand il le fallait.

Je ne le juge pas, même si je le fais intérieurement, il est pour moi, l’être le plus abominable qui puisse exister sur cette terre. Il ne se rend pas compte de ses actes? Je suppose bien que non, et croyez-moi, je suppose bien.

Parfois, je le vois quand je dors, ce ne sont pas des rêves, mais des cauchemars. Je sais qu’il pense que je l’aime et que je l’attends encore, mais non, oui je l’aime, mais pas comme il le pense. Je l’aime parce qu’il est mon père et que c’est un peu, grâce à lui que j’existe. J’espère qu’il ne s’imagine pas que je l’aime à en mourir, oh que non ! Je l’aime d’une manière qui n’est pas fréquente chez les gens de nos jours. Je ne devrais même pas l’aimer, après tout, comment peut-on aimer quelqu’un que nous n’avons presque jamais vu? Seul le sang commun que nous avons me pousse à l’aimer. Si je pouvais ne pas le faire, croyez-moi sur parole, je ne le ferais pas.

J’espère qu’un jour, il se réveillera en ayant le regret de n’être jamais revenu, j’espère qu’il se rendra compte de son erreur, de ses erreurs, puisque je sais qu’il les accumule. J’espère qu’il se rendra compte du mal que ça m’a fait, tous les jours que j’ai passé à regarder par la fenêtre en espérant qu’il revienne, tous mes anniversaires où j’espérais qu’il m’appelle ou même tous les jours où j’ai voulu qu’il vienne me chercher à la sortie de l’école, pour qu’on rentre ensemble et prendre notre goûter, et en se racontant nos journées. Je ne l’attends plus, j’ai assez attendu comme ça.

Je ne sais même plus ce que j’éprouve envers lui, je ne sais même pas si c’est descriptible. Je sais seulement que l’abandon est la pire chose au monde. C’est le pire sentiment qu’on puisse éprouver. C’est pire que tout. Même si malgré tout… Je t’aime.

Samuelle Paquette

Share and Enjoy !

0Shares
0 0

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *