Journal intime sur le web – Trip de meurtre


On veut tous ressentir un high une fois de temps en temps. Un kick dans le ventre. Un gros boum au cœur. Dopamine. Endorphine. Adrénaline. DEA. Qu’on m’arrête. Je plaide coupable. Je suis prêt à tout pour m’enivrer.

Je veux me distraire à n’importe quel prix, n’importe quel mot, n’importe quel verbe. Nous sommes tous des tueurs en devenir. L’humain rage, baise, espère, tue, se drogue et meurt.

Rien faire. Tuer le temps. Un autre meurtre a été commis dans mon appartement. Qu’on m’arrête, je vais tuer de nouveau. J’entrerai chez quelqu’un que j’ai trop ignoré, un couteau dans une main, le cœur dans l’autre. J’entrerai chez Marie, par la porte arrière, celle qu’elle ne verrouille jamais. Comme dans les films d’horreur, j’attendrai qu’elle prenne sa douche pour assouvir ma rage de vivre ou mon trip de meurtre. Je rage, donc je suis.

Moi. Dans la douche. Avec le couteau.

Quand une trainée de sang coulera du flanc de la pauvre bête, sur la céramique blanche de cet appartement où j’ai trop souvent baisé, je me sentirai renaître. Elle sera morte, la bête à sa mère[1].

Étourdi et dans la lune, je me transposerai ailleurs.

J’attends le métro sur le quai d’une ligne verte, un miracle à la main. « Ne me dis pas que la lune brille; montre-moi le reflet de sa lumière sur le verre pilé[2]. »

J’aperçois la lumière au bout du tunnel. Les phares m’empêchent de distinguer le conducteur. Je me surprends à penser qu’il n’y a peut-être pas de chauffeur. À me dire que le train file à travers la lumière qu’il projette devant lui. Un train vide vole et viole les secondes à une vitesse folle dans son tunnel noir. Fait-il de la lumière ou de la poésie? Je baise, donc je suis.[3]

S’il n’y a pas de passagers, y a-t-il une destination? Aura-t-il un but si j’embarque à bord? Lumière ou poésie? J’espère, donc je suis.

Je laisse des marques sur la peau de celle que j’ai tracée. Des cornes sur celles que j’endiable. Des ailes sur certaines femmes et une auréole pour Marie. Elle coule au sol et se fond à travers les formes de son corps nu et rougis. Je rage et rugis. Meurtre ou poésie? Marie est morte, qu’on m’arrête, je tuerai de nouveau.

Sur le quai du métro, je pousserai la première venue devant le wagon. Quand les roues mécaniques déchireront son corps en quartiers, je me sentirai misogyne d’avoir choisi pour cible une autre femme. Alors, j’entrerai chez le voisin, un marteau à la main, et je lui défoncerai le crâne à coup de maillet. Toc, toc, toc. « Qui est là? »

Moi. Dans l’entrée. Avec le marteau.

Le gros Bougon échappera sa Pabst Blue Ribbon alors que je frapperai son museau en répétant : « Toc, toc, toc, y’a quelqu’un? Toc, toc, toc, qui est là? »

Moi. Dans ta tête. Avec le marteau.

La série commence. Le feuilleton. La brochette. De la viande! Il me faut de la chair, du rouge, du blanc et une bonne dose d’hormones dans les veines. De la porno, de la violence, du sexe, du fast food, des queues et des bouches, du pétrole et de la bière, des chiennes et des chattes et une bonne dose de sang dans la bouche.Je me drogue, donc je suis.

J’irai tuer dans le parc en face, au dépanneur du coin, chez mon frère et mes voisins. Quand la Série sera Noire, que la farce tournera au drame, je m’arrêterai; le corps épuisé de meurtres et l’âme enfin en paix. Nous sommes tous des animaux. Dans cette chienne de vie. On crie au loup. Entrant dans la fosse aux lions. Pour suivre le troupeau vers l’abattoir.

Je tue, donc je suis.

J’appellerai la police et les attendrai dans mon salon, un révolver à la main. Dopamine. Endorphine. Adrénaline. DEA. Qu’on m’arrête. Je plaide coupable. Je suis prêt à tout pour mourir. Les agents défonceront la porte : « Freeze ! » Je lèverai le canon de mon arme vers eux et commettrai le plus atroce des suicides, celui qui implique de ne pas se tuer soi-même, d’obliger plutôt quelqu’un à devenir un meurtrier. Nous sommes tous des tueurs en devenir.

Je n’entendrai pas le coup de feu. Je ne verrai pas la balle. Je sentirai mon corps qui s’engourdit et quelque chose se soustraira de ma chair. La lumière apparaitra au bout du tunnel, mais le wagon sera vide.

[3]Call Boy, Daniel D

[2]Anton Chekhov

[1] Roman de David Goudreault

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