Journal intime sur le web – un blog de merde


8 février 2016

Je sors du métro avec cette intense envie de chier qui devrait primer sur tout autre besoin primaire. Je me sens vidé et à la fois, trop plein ; plein de merde.

Malgré l’envie, je passe devant mon appartement et me dirige vers le dépanneur au coin de ma rue. J’ouvre la porte pour y découvrir le propriétaire coréen, mon ami (comme il m’appelle, sans doute parce que je dépense ici plus en bière par mois que le montant total de mon loyer). J’arrache un 20 $ d’une feuille de donation en sachant très bien qu’il me faudra le rembourser avec mes droits d’auteur, mais je m’en fous. Si les droits d’auteur ne servent pas à boire, j’ignore à quoi ils servent puisque l’alcool m’aide à écrire.

J’achète donc ma drogue ; de la Pabst Blue Ribbon 5,9% et des cigarettes Studio pleine saveur. Pleine saveur ? Je n’ai jamais remarqué de différence entre les marques de cigarettes ; je fume pour ne pas fulminer. Je fume pour ne pas prendre feu et ça, ça me fait chier. D’ailleurs, je presse le pas vers mon appartement en espérant ne pas déféquer dans mes pantalons propres, ce serait le comble de la merde !

Comme toujours mes clés me font languir dans la serrure et je dois pousser, cogner, forcer, jurer pour réussir à pénétrer le premier étage de l’édifice. J’habite au troisième. Je gravis les escaliers, le feu au cul, la bière dans les mains et une cigarette à la bouche, j’échappe la Pabst ! Cette journée de merde commence sérieusement à me faire chier ! J’ouvre d’un seul coup la porte d’entrée, celle de la salle de bain et une bière. Clic. Cloc. Pshh.

Je bois. Je sacre. Je chie. Je me vide tout en me remplissant du liquide alcoolisé. J’ai oublié si j’aime le goût de la bière, mais je ne me pose plus cette question après 13 ans de consommation. Je bois, c’est tout.

Sur le trône, je prends conscience de mon corps ; nous sommes épuisés, lui et moi. J’ai mal aux jambes, au ventre, au cœur, à la tête et à l’âme. Je me sens comme un bébé qui ne fait plus ses nuits. Quand je dors seul, j’angoisse. Autrement, quand je dors avec ma copine, je parle, je baise, je fais l’amour, je parle et je finis par m’endormir trois heures avant que le réveille-matin ne chante son refrain infernal : good morning à toi, Samuel, petit rayon de soleil !

Après le soulagement total, j’ouvre mon ordinateur pour vomir les lignes que je ne consomme plus. Entre une demi-page blanche et l’inspiration, j’appelle mon ex favorite. Je ne téléphone pas à ma copine ; pas maintenant. Je n’ai pas envie d’entendre son ton rassurant, ses mots pleins d’espoirs et sa voix qui me dit que « je suis le meilleur, que je m’améliore, que je fais la différence dans la vie de plusieurs enfants et que le chemin parcouru est plus important que la destination ». Ce serait trop de positif pour ce moment d’apitoiement.

J’ai cette envie de merde collé à la peau et pour l’instant, j’ai envie d’oublier mon nom et de redevenir une victime l’espace d’une conversation. Je compose.

L’ex en question, ma préférée, me raconte sa nouvelle vie : elle vient de recevoir son quatrième jeton des Alcooliques Anonymes. Boum, je reçois le coup sua gueule, sua lèvre, sul le rêve, sua dérape. Je me sens seul dans mon rôle de pauvre type ; j’aimerais être deux malheureux pour un petit moment.

Je compose de nouveau. Un ami fume du pot, je ne veux pas fumer donc je raccroche, je décroche, bref j’essaie de ne pu fume; ça roche.

Un autre a les huissiers au cul, ce serait le candidat parfait, mais il se rend chez son psychologue. Il se prend en main, dit-il. Est-ce qu’ils ont tous décidé de se prendre en main pour me faire chier aujourd’hui ?

Je ne me sens plus victime, je me sens con ; trop con. Con…cave et ridicule. Con…scient de ma propre débandade. Con…vaincu que je ne suis pas une victime. Con…trôlé par mes vices. Con…stipé, plus maintenant…pas après ce blog de merde.

Samuel Bricault

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