Journal intime sur le web – Un champignon pour Grandir – 3/10/17


Jeune, je me suis fait conseiller et interdire toutes sortes de choses. Certaines recommandations telle que don’t drink and drive me semblaient judicieuses alors que d’autres m’apparaissaient ridicules. Comme plusieurs adolescents, j’avais le syndrome du super-héros. Je pensais que les overdoses, les accidents de char, les ITS, les créanciers, les arrestations, les tours d’ambulances, ça arrivait juste aux autres. Avant d’être cocu, je n’accordais aucune importance à la fidélité et je n’avais jamais été pro-condom avant de me faire rentrer un coton-tige dans l’urètre pour un test de dépistage.

Un soir, je suis tombé sur le plancher dans un bar à Montréal pour me réveiller, le lendemain, dans un salon à Gatineau. La semaine précédente, j’avais fait une chute en bas d’une estrade, une bouteille de bière à la main me coupant sévèrement un doigt. Quand l’infirmière à la clinique m’a demandé ce que je faisais dans la vie, j’ai répondu : « je creuse ». À force de le faire, plus rien ne comptait.

Pourtant, auparavant, les nombres jouaient un rôle capital dans ma vie. J’ai toujours trouvé bizarre qu’un écrivain soit un gars de chiffres. Je ne comptais pas seulement les femmes avec qui je baisais, mais aussi celles que j’avais embrassées, tripotées, masturbées, culininguées et le vice du versant.

Je dénombrais avec fierté mon nombre de livres écrits et publiés. Je voulais quantité et qualité ; le beurre, l’argent du beurre, la vache et la ferme en entier. J’étais prêt à faire beaucoup en peu de temps. Je pouvais faire un sprint de travail, me payer un bon trip, écrire ivre ajouter un« L », pis en faire un livre. Yup, je suis sacoche de même comme dirait ma grand-mère si elle me parlait encore.

T’sais, dans le fond de baril, tu jalouses pu grand monde. Tu te complais dans le whisky un peu comme le porc qui se roule dans la boue ou le vendeur de drogue dans son cash. Bling, bling, bang, bang, money, money, Wu-Tang.

À force de me complaire, mes comparses et compères ont commencé à pu me comprendre. Je creusais. Il y a quelques temps, ma psy m’a dit que de conso-compenser comme je le faisais, c’est une sorte de suicide à long terme.

Aimerais-tu moins boire ?

Oui, mais pas maintenant. Ça m’adonnait pas. Arrêter de fumer non plus. Quand tu vis croche, c’est toff d’être droit. Quand tu vois double, tu vois pu devant toi. Je savais que le jour où j’arrêterais de boire, mes grands amis les chiffres se retourneraient contre moi. Le montant de mes dettes. Le nombre de responsabilités repoussées. Le nombre de souvenirs enfouis dans mon cul, avec ma tête dans le sable. Je savais que ça ferait mal et surtout, peur. J’avais pris l’habitude de boire quand j’avais mal et de me torcher quand j’avais peur. Fallait que ça arrête. Un dimanche, je me suis levé, j’ai tout arrêté et j’ai fait les comptes. Devant une tisane, j’ai recensé mes bons et mes mauvais coups. Sur la balance, j’ai cherché l’équilibre : j’ai calculé. Je regrette rien, on a tous le droit de recommencer à zéro. De donner son cent pour cent et d’espérer, finir premier.

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10 commentaires sur “Journal intime sur le web – Un champignon pour Grandir – 3/10/17

  • =)

    Wow! Jadore ce texte encore unenfois tu tes surpasser quand dit ; Quand tu vis croche, c’est toff d’être droit. Ses tellement vrai ses tellement dur les premier temp etre droit quand ta passer une bonne partit de ta vie croche!!! Mais on se sent tellement mieu apres ! Continue d’écrire tes mots merite detre lu er relu

  • Jérémy Dorval

    Wow Sam tu sais exprimer avec exactitude quand on touche le fond comment on se sent arriver la. Mais aussi comment tu t’ai redressé et sortit de ça pour finir plus grand et plus fort. Bravo encore une fois.

  • Nicolas Sylvestre

    C’est comment la vie peut-être lourde parfois, au moins je me dis qu’au travers de tes textes j’en ressors renversé mais toujours plus fort. Sans blague.
    Je suis vraiment content d’avoir lu ce texte, j’aime la texture, le rythme, surtout avec le joual que tu y ajoutes. Continue comme ça, c’est magnifique.

  • Cédric

    Wow! La manière que tu as d’écrire ces textes est tellement frappante. Pas de détour et de mots doux, juste la vérité, aussi dure et crue qu’elle soit. C’est toujours un plaisir de pouvoir se laissé allé et plongé dans tes écrit. Arrête jamais d’écrire Sam, tu as ca dans le sang.

  • Julien

    Sam, je le redirai encore : l’une de très grande force, c’est de manier humour et drame, deux aiguilles, avec chacun leur fil que tu entrelaces pour former la grande trame de ton écriture.