Les Muses Malades – Arrêtes-toi, Saturne – 26/05/17


J’attends.  Les yeux rivés sur mon plafond dépourvu de quelconque intérêt, je ne fais qu’attendre. Et le temps est long.Mon plafond semble maussade et il se dissipe sous mes yeux quand l’émotion me prend et que je me surprends à pleurer. J’attends, que le temps s’arrête. J’attends que tu me rejoignes, pour contempler mon plafond avec toi. Ce serait moins triste, je crois.

Ou peut-être pas, en fait, je ne sais plus.

Il est loin le temps où on était beaux. Vraiment beaux je veux dire, pas comme ce qu’on est aujourd’hui, tu sais ? Fatigués sous notre maquillage.

Il est si loin le temps où tes doigts n’avaient pas encore frôlé ma peau. Ce temps, où sur mon corps je n’avais pas les invisibles cicatrices de ton affection. Ce temps, où chaque respiration remplissait nos cœurs d’une bouffée de bonheur, quand nous étions bien réels et amoureux. Amoureux pour de vrai.

Et depuis quelques temps, je me maquille tous les jours, toutes les heures, pour cacher mon visage triste. J’imagine que tu fais pareil. Il est loin le temps où on ne s‘embaumait pas les émotions sous des tonnes de fond de teint.

Saturne, si tu savais ce que je donnerais pour que tu m’emmènes loin. Saturne, emmène-moi à ce soir-là, ce soir lointain où nos pieds savaient où nous emporter. Loin d’ici, loin du quotidien morose que nous partageons, où mes bottes sont usées à force d’errer pour trouver ce chemin vers toi. Car je cherche désespérément, la route du retour, celle qui me ramènera à toi, celle qui me ramènera à nous.  À nous, sans maquillage, sans artifice, les yeux qui brillent et le cœur qui s’emballe.

Arrête-toi Saturne.

Étouffe le tic-tac des horloges et attends-moi. J’ai besoin de temps, j’ai besoin de toi. Aide-moi à ne pas me noyer dans ce fleuve qui court beaucoup trop vite. Parce que oui, je disparais dans l’horizon, terrifiée à l’idée de lâcher prise, de me délier de  cette si belle soirée, que je ne veux pas laisser filer entre mes doigts. Je la tiens avec tout mon cœur, je m’y agrippe aveuglément, l’espoir qui me hurle de ne pas décramponner mes mains meurtries par l’effort.

Je suis fatiguée.

Et j’ai mal. J’ai mal partout. On est un champ de bataille, toi et moi.

Saturne, emmène-moi aux temps de paix. Avant que cette guerre vaine ne soit déclarée. Quand mes nuits n’étaient pas remplies de terreur et mes yeux, de larmes. Emmène-moi à ces nuits sans coup de feu dans ma tête, sans monstre sous mon lit, sans courant d’air entre nous. Ces nuits de douceurs, où tu calmais mes frissons quand je m’affolais à ton contact. Parce que j’avais tellement peur, mais tu m’aimais, alors tout était bien. À ce temps, où les couvertures ne me rappelaient pas un lit de neige, glaciale contre ma peau, malgré ta présence, autrefois si chaleureuse.

Arrête-toi Saturne.

Laisse-moi le temps, juste un instant, pour t’embrasser une dernière fois, une vraie dernière fois. Je veux enlacer mes doigts dans tes cheveux, et encrer mon regard au tien, pour ne plus jamais prendre le large. Mais le temps est un océan déchainé, et je te laisse voguer au loin, tandis que mon corps devient une épave noyée, brisée, étouffée et oubliée.

Mais je te demande Saturne, je t’en supplie.

J’ai besoin d’un moment, juste un moment, pour contempler notre désordre. Admirer notre chaos, notre amour. Arrête de bouger, je dois nous regarder, avant que tu t’en ailles, ou que je change de route. Parce que je ne peux pas toujours rebrousser chemin, pour te retrouver.

Je suis hantée par nos fantômes, ils dansent autour de moi, heureux et distants. Si distant qu’on les croirait inexistants.  Ça fait peur les fantômes, et tu me manques. Tu me manques tellement.

Arrête-toi Saturne, et emmène-moi au temps où on s’aimait.

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Rachel Bérubé


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