Justice éphémère – Le jour où tu m’as trompée – 01/11/17


Je suis tombée dans l’alcool comme on tombe accro à l’héroïne. Ça a commencé lorsque tu m’as avoué ton infidélité un vendredi soir. Je me rappelle ton regard qui tentait de m’éviter lorsque tu as soufflé « J’ai couché avec une autre fille ». La carrosserie s’est refermée sur nous, l’auto est devenue suffocante. Je me souviens de ton regard qui tentait de fuir le mien, loin de la douleur, loin des mots froids. Ton aveu résonnait sur les parois intérieures de l’auto, encore et encore. « J’ai couché avec une autre fille ». J’ai voulu te gifler, mais à la place, je me suis recroquevillée sur le siège et rien ne pouvait soulager mes sanglots. J’ai quand même décidé de t’offrir mon pardon cette soirée-là. Ensuite, tu m’as reconduite et tu es retourné chez toi, car tu travaillais le lendemain matin. Je voulais rentrer avec toi mais au lieu de ça, j’ai décidé d’aller prendre l’air. J’avais besoin d’être seule, mais une heure plus tard, je suis allée prendre un verre avec des amies. Plusieurs verres. Jusqu’à oublier ton nom.

Après, je me suis mise à boire constamment : avec mes amis ou sans eux, avant ou après l’école. Pour affronter mes journées, j’ai remplacé mon café matinal par un verre de vin rouge. Chaque matin, j’avais envie de tout lâcher, de m’oublier, de ne plus sentir mon corps. J’avais envie de me séparer de ma carcasse qui agonisait. J’avais la peau qui brûlait, j’avais les tripes qui se serraient comme un engrenage. Mes mains et mon cœur tremblaient. La nuit, j’avais toute la misère du monde à dormir.

Le soir, je pleurais dans ma chambre en écoutant des playlists sur lesquels nous avions fait l’amour. Je buvais encore du vin, toujours le même vin du dépanneur, celui qu’on aimait boire ensemble. À chaque gorgée, je regrettais le jour de notre rencontre jusqu’à finir par m’endormir. Le réveil faisait aussi mal que ta trahison. C’était vomir de l’amour malsain.

Je me tuais avec ce pardon que je t’avais accordé. Je me suis laissée à toi une nouvelle fois. Un samedi soir, je me suis abandonnée dans tes draps, entre tes coups de bassins et des baisers sur mon front. Je me suis soudain mise à trembler, je cherchais mon air dans la chambre. J’asphyxiais en dessous de toi. Je sentais encore sa présence sur ton corps. Je sentais son souffle sur tes épaules, dans ton cou, sur ton ventre, sur tes bras et tes mains. Je me suis mise à pleurer encore une fois. Les larmes coulaient sans arrêt. J’avais envie de t’haïr. J’ai essayé le pardon mélangé dans un verre de vin rouge. Le goût était différent. J’ai des marques au fer rouge sur la peau, des marques qui me rappellent cette souffrance que tu m’as causée. J’avais mal de savoir que tu étais libre. J’avais mal de savoir que tu t’étais donné à quelqu’un d’autre. J’ai réalisé que dans le fond, tu ne m’appartenais pas. Avant de te rhabiller, tu m’as dit de vivre au jour le jour, de ne plus poser de questions, que tu reviendrais. Tu as pris la porte, me donnant un dernier baiser. Tu n’es pas revenu.

C’est de cette façon que tu m’as tuée. Et c’est en me tuant que j’ai réalisé que j’étais encore en vie.

Myranda Arseneault

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