Folie & Compagnie – T’as pas de couilles


24 Février 2016

Quand t’es apparu derrière moi ce soir-là, je l’ai vu dans la prunelle de tes yeux. T’as pas de couilles.

J’pourrais pas te dire pourquoi je l’ai su tout de suite. T’étais pas un vrai homme malgré ta barbe de quatre jours et tes épaules carrées. La testostérone qui suintait des pores de ta peau, c’était de la lâcheté déguisée.

Je ne sais pas si c’est ta voix qui cherchait à combler chaque recoin du silence, ton parfum qui violait mes narines ou la façon dont tes yeux-rayon X me déshabillaient, mais au moment où tu t’es assis devant moi, j’ai su que je devais partir.

Me lever sans explication aucune, dire « Excuse-moi », ramasser mon sac et te laisser seul avec ton ego qui débordait sur la table.

Mais je suis restée là. Comme si ma présence pouvait t’être d’une quelconque utilité. Je suis restée plantée là même si je savais déjà que t’avais pas de couilles.

Tu m’as dit tout ce que tu faisais dans la vie, ce qui te plaisait. J’ai fait comme si ça m’intéressait. Quand tu as vu mon air sans doute, tu as feint de te soucier de moi. Et on a fait comme si, assez longtemps.

Plus tard tu m’as dit : « Viens donc regarder un film chez moi ». Quand tu as vu mon air sans doute, tu as ajouté : « Ma coloc est là ce soir ».

J’ai su que je devais refuser, dire « Non, je suis déjà prise plus tard », ramasser mon sac sans explication aucune, le tirer sur mes épaules déjà lourdes, te laisser l’addition pour te donner le sentiment, un peu, d’avoir des couilles.

Mais je n’en ai pas non plus alors je n’ai rien dit et t’as pris ça pour un oui. Mes jambes qui suivaient ta cadence signifiaient logiquement un consentement. Mes pensées qui erraient partout voulaient plutôt dire l’inverse.

Tout bas. Toujours trop bas.

Ta coloc était pas là. T’as pas cherché à expliquer quoi que ce soit. Tu m’as raconté d’autres conneries, avant que tes épaules, ta barbe et ta fausse testostérone ne m’écrasent contre le mur. Mes pensées ont perdu la bataille.

Je n’ai pas su dire non.

Te dire « Non, je n’ai pas envie », prendre ma robe et mon sac et filer, couvrir ce corps que tu n’aurais pas dû voir, dévaler l’escalier de ton immeuble en me disant « Je l’ai échappé belle ».

Je n’ai pas su dire non.

Quand tu as vu mon air sans doute, tu as fait semblant d’être doux. On a fait comme si trop longtemps.

T’as pas de couilles. Et crois-moi, celles que j’ai entrevues ce soir-là alors que j’étais un bibelot dans ton lit n’en étaient pas des vraies.

Mélanie Boilard

crédit photo:Andréanne Morin

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